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Prêt rapide par téléphone en Belgique : trois fichiers décident avant votre signature

Deux pays, une même langue, deux alphabets juridiques Depuis le 11 août 2026, un appel commercial non sollicité est interdit par défaut en France. En Belgique, il reste licite : il faut s'inscrire soi-même sur la liste Ne m'appelez plus pour ne plus être appelé — et 1,49 million de personnes l'ont fait au printemps 2025. Deux pays voisins, une même langue, deux logiques inverses. La vraie question n'est d'ailleurs pas « qui a le droit de m'appeler ? » mais qui décide de m'accorder le crédit ? Ni le conseiller, ni vous : trois fichiers répondent à votre place. Le droit belge du crédit à la consommation occupe le Livre VII du Code de droit économique (CDE), articles VII.64 à VII.122. Ce guide suit les trois instances qui décident : la Centrale des crédits aux particuliers de la BNB, les plafonds de TAEG du SPF Économie, votre date de zérotage. 80.000 € amende maximale pour un appel vers un numéro inscrit sur la liste Ne m'appelez plus 1.492.000 numéros inscrits sur la liste au printemps 2025 (SPF Économie) 350.000+ contrats de crédit en défaut enregistrés à la Centrale des crédits aux particuliers (mars 2026) 60 / 96 mois délai légal de zérotage d'une ouverture de crédit, selon le montant utilisé

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1. En Belgique, l'appel non sollicité n'est pas interdit : il est « désinscriptible »

Le régime belge repose sur l'opposition, pas sur le consentement. La liste Ne m'appelez plus / Bel me niet meer est gérée par l'ASBL Do Not Call Me, gestionnaire officiel désigné par arrêté royal du 28 juin 2015. L'inscription est gratuite — 02 882 19 75, depuis le numéro concerné —, définitive, effective endéans cinq jours ouvrables. Appeler un numéro inscrit coûte jusqu'à 80.000 € d'amende.

Deux limites que personne ne mentionne au téléphone :

  • La liste ne lie que les entreprises soumises au droit belge. Une société établie à l'étranger peut appeler un numéro inscrit sans violer la loi : c'est le trou le plus exploité du dispositif ;
  • Elle ne couvre que la prospection commerciale. Rappel de rendez-vous, enquête d'intérêt public ou exécution d'un contrat en cours restent permis.

La plainte se dépose sur ConsumerConnect, rubrique « Publicité téléphonique non sollicitée », traitée par l'Inspection économique. Un avant-projet de loi préparant une bascule vers l'opt-in — consentement explicite et démontrable par l'appelant — a été mis en consultation jusqu'au 10 mai 2025, avec avis du BIPT et de l'Autorité de protection des données. Il n'est pas adopté.

2. Ce que l'appel peut changer : rien au dossier

Un appel peut produire une simulation. Jamais une décision. Art. VII.64 CDE : toute publicité mentionnant un taux ou un chiffre de coût doit indiquer, au moyen d'un exemple représentatif, le taux débiteur, le montant du crédit, le TAEG, la durée, le prix comptant et l'acompte s'il s'agit d'un paiement différé, ainsi que le montant total dû. Son paragraphe 2 impose une mention dont le Roi fixe la taille des caractères : « Attention, emprunter de l'argent coûte aussi de l'argent ». C'est la seule phrase d'une annonce de crédit dont l'annonceur ne tire aucun bénéfice — lisez-la comme un aveu.

Art. VII.65 CDE : est interdite la publicité qui vise spécifiquement à encourager les consommateurs incapables de faire face à leurs dettes à recourir au crédit. Une offre construite pour des personnes déjà surendettées n'est pas seulement de mauvais goût : elle est illégale en soi.

Deux documents vous sont dus et presque personne ne les réclame : la SECCI, fiche européenne normalisée qui met deux offres en vis-à-vis sur la même grille, et le devoir de conseil — le prêteur doit dire quel type de crédit et quel montant conviennent à votre situation. Certaines questions lui sont en revanche fermées : origine ethnique, vie sexuelle, opinions politiques, convictions religieuses, appartenance syndicale ou à une mutualité.

3. Fichier n° 1 : la Centrale des crédits aux particuliers de la BNB

La Centrale des crédits aux particuliers (CCP), tenue par la Banque nationale de Belgique, recense tous les crédits à la consommation et hypothécaires contractés en Belgique, et tous les défauts — la « liste noire » : volet positif depuis juin 2003 (type, montant, prêteur), volet négatif depuis 1985.

Le prêteur doit consulter la CCP avant d'accorder le crédit, puis la notifier à la conclusion du contrat. La règle va plus loin : lorsqu'il conclut que vous ne pourrez pas rembourser, accorder le crédit est interdit — refuser devient son devoir légal. Un refus n'est donc presque jamais une négociation.

Trois situations déclenchent une inscription au volet négatif : trois mensualités impayées, totalement ou partiellement ; un montant dû resté impayé trois mois consécutifs ; la résiliation du contrat pour non-paiement. Le prêteur notifie la Centrale sous huit jours ouvrables, puis la BNB vous écrit.

SituationDurée de conservation au volet négatif
Crédit régularisé (arriéré ou solde remboursé)1 an à compter de la date de régularisation
Crédit jamais remboursé10 ans maximum à partir du premier défaut
Règlement collectif de dettes respecté1 à 3 ans après la clôture de la médiation

Depuis le 1er janvier 2024, la loi du 31 juillet 2023 y intègre les découverts non autorisés, même sans contrat de crédit : un compte à vue laissé en négatif devient un événement de crédit. D'où une rupture dans la série statistique de la BNB en 2024.

Environ 6 millions de Belges — deux tiers des adultes — figurent au volet positif, et 265.651 y avaient au moins un crédit en défaut (rapport 2023). En mars 2026, plus de 350.000 contrats en défaut subsistaient : Flandre 1,9 %, Wallonie 3,5 %, Bruxelles 3,9 % de la population adulte.

Consulter son dossier est gratuit : en ligne via la carte d'identité électronique ou itsme, par courrier, ou au guichet de la BNB à Bruxelles — jamais par téléphone.

4. Fichier n° 2 : les plafonds légaux, révisés tous les six mois

La Belgique plafonne le TAEG par type de crédit et tranche de montant. Les maxima sont arrêtés par le SPF Économie et révisés tous les six mois : aucun prêteur ne peut les dépasser, quelle que soit la qualité du dossier.

Type de créditTranche de montantTAEG maximum
Ouverture de crédit / carte à remboursement échelonnéjusqu'à 1.250 €16,50 %
Ouverture de crédit / carte à remboursement échelonnéde 1.250 à 5.000 €14,50 %
Ouverture de crédit / carte à remboursement échelonnéau-delà de 5.000 €13,50 %
Prêt à tempérament (prêt personnel)jusqu'à 5.000 €15,49 %
Prêt à tempérament (prêt personnel)au-delà de 5.000 €11,99 %

Depuis le 1er décembre 2025, la tranche carte de 1.250 à 5.000 € se situe à 14,50 %, après un abaissement de 1,5 point au 1er juin 2025 : une offre mise en avant il y a dix-huit mois peut se trouver au-dessus du plafond aujourd'hui. Le plafond belge bouge deux fois par an.

L'article VII.94, § 3 du CDE ajoute une obligation asymétrique : toute baisse du plafond doit être répercutée sans délai sur les contrats à taux variable, tandis qu'une hausse dépend du contrat — un contrat à taux fixe conserve son taux signé même si le plafond descend en dessous. La sanction est d'une sévérité rare : si l'établissement dépasse le plafond, le consommateur est dispensé de payer l'ensemble des frais de crédit. Pas une réduction : la dispense. Un plafond ne rend donc pas les offres équivalentes — il supprime le haut extrême du marché et plafonne la « prime d'urgence ».

5. Fichier n° 3 : la date de zérotage

Voici la mécanique belge sans équivalent direct en France : le zérotage. Le contrat doit fixer une date à laquelle l'intégralité du crédit utilisé est remboursée. Les délais maximaux dépendent du montant : 60 mois (5 ans) pour une ouverture de crédit jusqu'à 5.000 €, 96 mois (8 ans) au-delà de 5.000 €. La date court à partir de la première utilisation, pas de la signature.

Manquer cette date entraîne trois conséquences en cascade : la carte est bloquée, le contrat peut être résilié, et le prêteur enregistre un défaut à la Centrale des crédits aux particuliers. La boucle se referme sur le fichier n° 1, avec les durées de conservation vues plus haut. C'est le scénario qui transforme un achat étalé en exclusion bancaire de plusieurs années.

C'est pourquoi l'ouverture de crédit est l'instrument le plus dangereux du discours « rapide ». Le remboursement minimal n'est qu'une fraction du solde utilisé — de l'ordre du 1/18e jusqu'à 5.000 €, puis du 1/20e au-delà, avec un plancher de 25 € par mois : la mensualité est calculée sur un capital qui ne descend pas. La période de grâce — régler le relevé en une fois ne déclenche aucun intérêt — ne couvre pas le retrait d'espèces, qui porte intérêt dès le premier jour, y compris en vacances.

6. Quelle « formule » se cache derrière le mot « rapide »

Le droit belge range le crédit à la consommation en quatre familles : le prêt personnel (non affecté : l'usage des fonds n'a pas à être justifié), le prêt affecté (auto, travaux, études : usage imposé, facture exigée), l'ouverture de crédit (réserve renouvelable, souvent adossée à une carte) et la vente à tempérament (crédit conclu chez le vendeur).

Les ordres de grandeur publiés en août 2026 pour un prêt personnel vont de 5,45 % (Europabank) et 6,99 % (Mozzeno) à 9,35 % (Argenta), via 7,89 % (KBC, CBC, Crelan), 7,90 % (Cofidis), 7,99 % (Cetelem, Belfius) et 8,25 % (Elantis). Pour les cartes à remboursement échelonné, les taux de juin 2026 allaient de 9,13 % (Belfius) à 14,49 % (Beobank), via 9,50 % (BNP Paribas Fortis), 12,49 % (Argenta) et 12,50 % (ING).

En Belgique, l'écart entre un prêt affecté et une ouverture de crédit dépasse l'écart entre deux prêteurs. Le prêt affecté coûte moins cher parce que le bien financé sert de garantie implicite ; la contrepartie, c'est la facture. À titre d'échelle (BNB, 2020) : 9,3 milliards € de prêts à tempérament, 1,7 milliard € d'ouvertures de crédit, 220 millions € de ventes à tempérament.

7. Ce que vous signez vraiment

Le point le plus mal connu du crédit belge : 14 jours calendaires pour vous rétracter, à compter du jour où le contrat a été signé par les deux parties — ni la réception des fonds, ni la première échéance. Sans justification ni pénalité. Pour les contrats à distance ou hors établissement, le Livre VI du CDE ajoute son propre délai de 14 jours.

Puis arrive la directive (UE) 2023/2225 — la « CCD II », transposée par la Belgique le 9 juillet 2026 et applicable aux crédits demandés à partir du 20 novembre 2026. Les prêteurs devaient soumettre leurs modèles de contrats modifiés au SPF Économie pour cette même date. Ce qui change :

  • le BNPL et les petits paiements différés entrent dans le champ du droit du crédit ;
  • la charge de la preuve incombe au prêteur (CJUE, C-449/13) : il ne peut plus vous demander de prouver qu'il était en règle ;
  • la consultation de la Centrale reste obligatoire, d'autres sources sont admises, mais les réseaux sociaux sont interdits ;
  • les données d'un refus sont supprimées trois ans après la décision ;
  • aucun crédit à un mineur, avec vérification d'âge (carte d'identité, passeport, moyen eIDAS type itsme) ;
  • le droit à l'oubli s'étend aux assurances liées au crédit.

Un contrat signé après le 20 novembre 2026 devra donc démontrer sa conformité. Conservez l'offre écrite, la fiche SECCI et l'horodatage de votre consentement : ce sont les pièces qui inversent le rapport de force.

8. Les six vérifications avant de dire oui au téléphone

  • Votre numéro est-il inscrit sur la liste Ne m'appelez plus (02 882 19 75) ? Et l'appelant est-il établi en Belgique ? La liste ne lie pas les sociétés étrangères ;
  • L'appelant a-t-il donné son identité et la nature exacte du produit ? Ce qu'il propose correspond-il à ce qui a motivé votre accord ;
  • Le TAEG annoncé tombe-t-il dans la tranche légale correspondant à ce type de crédit et à ce montant ?
  • S'agit-il d'un prêt personnel ou d'une ouverture de crédit ? Dans le second cas, demandez la date de zérotage inscrite au contrat ;
  • Réclamez la SECCI et l'offre écrite avec le montant total à rembourser avant toute signature ;
  • Si vous avez déjà été refusé, consultez gratuitement votre dossier à la Centrale des crédits aux particuliers avant de déposer une nouvelle demande.

Aucune de ces six vérifications ne se fait au téléphone. C'est précisément l'intérêt : les trois fichiers répondent sur des faits, pas sur une élocution.

Questions fréquentes

Le démarchage téléphonique est-il interdit en Belgique depuis le 11 août 2026 ?

Puis-je obtenir un crédit si je figure au volet négatif de la Centrale ?

Le taux d'intérêt est-il plafonné en Belgique ?

Que change la CCD II au 20 novembre 2026 ?

Sources et références

  1. Code de droit économique, Livre VII, Titre 4, Chapitre 1er (crédit à la consommation — art. VII.64 à VII.122) — SPF Économie / Justel
  2. Code de droit économique, art. VII.64 (mentions obligatoires de la publicité et message « Attention, emprunter de l'argent coûte aussi de l'argent »)
  3. Code de droit économique, art. VII.65 (publicité interdisant d'encourager les consommateurs incapables de faire face à leurs dettes à recourir au crédit)
  4. Code de droit économique, art. VII.94, § 3 (répercussion obligatoire des baisses du plafond légal sur les contrats à taux variable)
  5. Banque nationale de Belgique — Centrale des crédits aux particuliers : contenu du registre, obligations de consultation et de notification des prêteurs — nbb.be
  6. Banque nationale de Belgique — « Suis-je fiché comme mauvais payeur ? » : durées de conservation, procédure de régularisation, consultation gratuite — nbb.be
  7. Loi du 31 juillet 2023 étendant l'enregistrement au volet négatif aux découverts non autorisés, entrée en vigueur le 1er janvier 2024 — Moniteur belge
  8. SPF Économie — taux maximaux du crédit à la consommation, fixation et révision semestrielle (communiqué du 28 mai 2025) — economie.fgov.be
  9. Loi du 9 juillet 2026 transposant la directive (UE) 2023/2225 relative aux contrats de crédit aux consommateurs, applicable au 20 novembre 2026 — Chambre des représentants / Moniteur belge
  10. Directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 relative aux contrats de crédit aux consommateurs (CCD II) — EUR-Lex
  11. Arrêté royal du 28 juin 2015 reconnaissant l'ASBL Do Not Call Me comme gestionnaire de la liste Ne m'appelez plus — Moniteur belge
  12. Liste Ne m'appelez plus / Bel me niet meer — inscription, suppression, vérification et conditions d'usage de la liste — dncm.be et ne-m-appelez-plus.be
  13. Inspection économique (SPF Économie) — dépôt d'une plainte pour publicité téléphonique non sollicitée via ConsumerConnect
  14. Autorité de protection des données — recommandation 01/2026 sur le traitement des données à caractère personnel à des fins de marketing direct (information préalable du destinataire, transparence des appels VoIP)
  15. Code de droit économique, Livre VI, Titre 3 (contrats à distance et contrats conclus hors établissement — droit de rétractation de 14 jours)
  16. Loi française n° 2025-594 du 30 juin 2025 (art. 13) et décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 — cités pour distinguer le régime français du régime belge — Légifrance
  17. Banque nationale de Belgique — Who pays ? An analysis of the cost of consumer credit in Belgium (structure du marché et TAEG pratiqués)
  18. Ombudsfin — service de médiation pour les litiges avec les établissements financiers — ombudsfin.be
  19. Service de Médiation pour le Consommateur — médiation gratuite des litiges de consommation — consumentenombudsdienst.be

À propos de cet article

Rédigé par l'équipe Crédit Conso du comparateur CreditWise. Notre méthodologie pour le marché belge combine trois sources : le Code de droit économique (Livre VII et Livre VI) sur Justel, les publications de la Banque nationale de Belgique relatives à la Centrale des crédits aux particuliers, et les plafonds de TAEG du SPF Économie, révisés tous les six mois. Les valeurs chiffrées (TAEG, taux pratiqués, montants de référence) sont publiées à titre indicatif : les plafonds légaux bougent deux fois par an et les offres commerciales encore plus souvent. Avant toute décision, utilisez les informations officielles du SPF Économie et demandez la fiche SECCI au prêteur.